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mercredi 6 mai 2020

les faux du 35k de la série d'Omsk

Comme chacun a pu le constater, les surcharges sont simples. La tentation a donc été grande de contrefaire celles-ci, et ces contrefaçons sont d'autant plus difficiles à repérer.

Pour rappel, je vous remets en mémoire la surcharge typographiée 35k :





On trouve donc des contrefaçons, qui ne sont pas toujours aisées à repérer.

En voici une , complexe à identifier mais assez courante :




Une surcharge validée par Romeko! Miam! sauf que... eh bien non. Vous avez dit Romeko? Voyons cela de près
Vraiment pas convaincant, surtout si on le compare à une certification bien plus officielle
On va dire que ça commence mal. Voyons maintenant cette fameuse surcharge de près :
La barre centrale est mal faite, et est tombante. Dans les timbres authentiques, on la repère, clairement visible et droite.





On trouve une variante, avec la barre centrale en forme de pointe et une encre différente, qui en séchant a rétréci et laissé des trous

 un faux similaire, où l'on voit bien que le timbre a reçu une surcharge isolée. Celle-ci est horizontale imprimée sur la marge du timbre, alors que celui-ci est de biais.
Ces contrefaçons se retrouvent régulièrement en multiples, comme celle-ci :

 Notez deux choses : d'une part la position déplacée de la surcharge, forcément suspecte pour des timbres soigneusement préparés, et d'autre part la surcharge identique de ces timbres, que l'on ne retrouve pas dans les surcharges originales, qui comportent de petites variations liées à la plaque.


On remarque sur l'exemple suivant la taille du 3, qui dépasse de trop celle du 5.


Enfin l'exemple classique de la surcharge trop épaisse, avec une encre grasse.
On en trouve en ce moment une grosse série sur ebay, comme le montre l'exemple suivant




Bref, comme souvent dans les émissions de la guerre civile, les faux pullulent.

jeudi 23 avril 2020

Les variétés dans le série d'Omsk : des timbres qui posent question

Dans sa démarche de collection, le philatéliste va rechercher la variété, l'erreur d'impression que les autres n'ont pas. Dans cette  recherche parfois compulsive, la faute n'est jamais loin. La rareté crée la demande, mais cette même demande va mécaniquement créer la rareté, et parfois donc son imitation.

Cet argumentaire trouve son illustration même dans la série d'Omsk.

La série a été imprimée par surcharge typographique sur feuille de 100 (4*25).


On connaît des surcharges inversées, relativement courantes.
En voici un exemple expertisé Soviet Philatelic Association


Nous pouvons agrandir la surcharge afin de bien en rappeler les caractéristiques :


On trouve des petites variétés de plaques notables :
- une variété récurrente sur le 5 associée à une erreur de plaque sur le 3

...



- une variété récurrente également sur le dernier timbre, en impression plus épaisse, du dernier feuillet de 25

Concernant les plaques, il existe d'autres petites variantes. Chaque impression de surcharge est en effet différente.


 Plus étonnante est cette variété que Ceresa notait déjà dans son volume 3 The postage stamps of Russia 1917-1923. pos93 sur la feuille



  Je possède un deuxième feuillet avec cette erreur. Mais... oh surprise... sa place n'est pas la même.


 Ce passage de la position 22 à 23 sur le feuillet (et toute mon expérience des timbres de l'époque) m'amène à certaines conjectures forcément polémiques. Pourquoi les variétés de cette série notamment comportent-elles très (trop) fréquemment la signature SPhA? 
En réalité, le Советская филателистическая ассоциация avait pour mission de vendre des timbres, et donc notamment de faire rentrer des devises.Mon opinion est que de très nombreux timbres, par séries entières, ont été réimprimés pour faire face aux besoins et aux demandes des marchands de timbres. Le nombre réel de timbres est sans doute supérieur au chiffre officiel, et ce constat ne se limite pas aux timbres de la guerre civile.








mardi 14 avril 2020

La série d'Omsk


Si la Révolution de février 1917 voit la chute du régime des Tsars et la tentative de l'instauration d'une république, le pouvoir passe peu à peu aux mains des bolchéviks, initialement minoritaires, jusqu'à leur prise de pouvoir lors des journées d'octobre 1917. Le traité de Brest-Litovsk du 3 mars 1918 met fin à la guerre avec les Empires centraux, mais les tensions intérieures s'accentuent. La démobilisation des soldats concerne tout particulièrement la Légion tchécoslovaque, prisonnière de son engagement au côté des armées russes contre le pouvoir des Habsbourg. Celle-ci, forte de 60000 hommes, bien armés et bien entraînés, se retrouve dans l'obligation d'évacuer par l'est un pays devenu hostile. Les bolchéviks leur accordent un sauf-conduit pour pouvoir passer via le Transsibérien par Vladivostok. Le 25 mai 1918, une échauffourée à Tchéliabinsk leur fait prendre les armes contre les bolchéviks. Ils prennent rapidement le contrôle d'une grande partie du Transsibérien et donc de la Sibérie. 
Koltchak, amiral reconnu pour son courage lors de la guerre russo-japonaise ainsi pour son commandement de la flotte de la mer noire jusqu'en 1917, arrive à Omsk en octobre 1918 et prend alors rapidement le pouvoir par un coup d'état au détriment des socialistes révolutionnaires qui dirigeaient jusqu'alors la Sibérie.

Omsk est avant tout un carrefour stratégique.


Cette situation sur le transsibérien, entre Russie d'Europe et Russie d'Asie, fait d'Omsk la capitale du gouvernement de la Russie blanche, dirigée par l'amiral Kolchak à compter de novembre 1918 et jusqu'au mois de novembre 1919, date du début de la retraite glacée de Sibérie, qui verra les dernières troupes de Kolchak se réfugier à Chita en mars 1920. Arrêté par les Tchécoslovaques qui tenaient le transsibérien à Irkoutsk, trahi par le général français Janin, livré aux bolchéviques, Kolchak sera exécuté le 7 février 1920 et jeté dans la rivière Angara.

Omsk est aussi connu pour sa série de timbres de la guerre civile. Afin de pallier le manque de valeurs élevées, en raison de l'inflation, il est décidé de surcharger des timbres d'empire de 1909-1917 et du gouvernement provisoire de 1917, dont les stocks sont encore importants.

Les valeurs en kopecks sont de 35k, 50k et 70k et apparaissent à l'été 1919 (Ivo Steijn, Rossica 111, 1988)


Les usages postaux de 1919 sont vraiment peu courants : voici un exemple avec oblitération de Vladivostock (vente Cherrystone 2009)
Un autre avec oblitération d'Omsk de 1919 (vente Raritan)

Les usages ultérieurs, sous gouvernement bolchévique, sont à peine plus aisés à trouver : voici un exemple de 1921 avec oblitération de Tomsk


 
Les valeurs en roubles sont de 1r, 3r et 5r et sont postérieures à cette période. On ne trouve pas d'usage du 1r non dentelé. Il n'a probablement pas été émis.




L'usage de ces valeurs se retrouve plus fréquemment dans les mandats ; les timbres sont utilisés par les bolchéviques comme timbres trophées.
En voici un exemple : mandat d'Irkoutsk pour Kazan de 5000 roubles taxé à 100 roubles (10*7k réévalués 70 roubles + 10*3r armée Kolchak)


Ces séries ont donné lieu à une multitude de variétés et de faux, qu'il est intéressant d'analyser séparément mais aussi dans une optique globale.




mercredi 8 avril 2020

Omsk, ville carrefour et carrefour de l'histoire postale

Alors que je rangeais enfin mes timbres de l'année 2017... je suis en retard je sais... je suis tombé sur ce joli timbre de la ville d'Omsk



Il s'agit de la cathédrale militaire de la résurrection. Elle porte bien son nom. Construite en 1773, elle fut abandonnée en 1921 et détruite en 1958.




Reconstruite en 2016, elle témoigne de la volonté russe de renouer avec un passé parfois troublé et difficile, mais riche et glorieux.


Porte de la Sibérie ou de l'Europe, selon le point de vue adopté, elle constitue le carrefour où s'est jouée l'histoire en 1919, l'histoire de la Russie certes, mais aussi l'histoire de l'Europe et du monde.


dimanche 17 février 2019

Tricentenaire des Romanov : une intéressante utilisation

En fouillant dans un petit stock de timbres oblitérés 1918-1919, j'ai retrouvé un fragment comportant trois timbres, dont un Romanov.






Après la Révolution du 25 au 26 octobre 1917 du calendrier julien (6 au 7 novembre du calendrier grégorien, calendrier qui deviendra la norme le 14 février 1918), les stocks de timbres de l'empire étaient particulièrement importants. Pragmatiques, les bolchéviques ont donc utilisé les timbres existants, dont on retrouve l'usage jusqu'en mars 1923.
La politique n'est néanmoins jamais loin. Entre les besoins d'affranchissement du courrier et la propagande induite par la représentation de la dynastie abolie, les bolchéviques ont vite choisi. L'usage de la série du tricentenaire des Romanov a vite été l'objet de suspicions, et je peux me risquer à dire que mieux valait ne pas l'employer. Parmi les 17 timbres, il en est un qui était interdit, celui de Nicolas II, tsar déchu.

Ce fragment est donc particulièrement intéressant. Il est oblitéré Taganrog en date du 3 juillet 1919. La région est contrôlée par les forces blanches depuis la fin de 1918, et Taganrog est le centre militaire de la région depuis janvier 1919. On ne peut voir cet affranchissement que comme l'affirmation d'une loyauté au régime tsariste. Nicolas II a été exécuté dans la maison Ipatiev à Iekaterinbourg dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918. A quelques jours près, cet affranchissement est une commémoration de cet assassinat. Le timbre est alors non seulement un outil de propagande, mais aussi de mémoire.


dimanche 3 février 2019

Premier vol postal Moscou - Téhéran : vol au dessus d'un nid de coucou

J'ai récemment remis en ordre l'année 1924 de ma collection et je me suis intéressé à une enveloppe de poste aérienne qui m'avait interpellé il y a quelques années.






Etonnante enveloppe en effet. Dactylographiée "Premier vol postal Moscou - Téhéran" à l'attention de Monsieur Jaroljmek.

Les courriers avec affranchissement de la poste aérienne sont très courus, et ma première réaction à la vue de cette enveloppe a été de pressentir une tricherie quelconque.

Tout dans cette enveloppe est suspect : l'absence d'adresse pour le destinataire, un affranchissement à 35 kopecks, alors qu'on attendrait plutôt 40 kopecks me semble-t-il? (tarifs du 1 septembre 1924). Les dates de départ et d'arrivée sont d'ailleurs surprenantes : 30 / 10 / 24 au départ et 14 / 12 / 24 à l'arrivée, soit 46 jours pour faire environ 3000km... alors 46-24=1104 heures... soit un peu moins de 3km par heure! j'irais plus vite à pied!

Trêve de plaisanterie. La solution a été apportée par Behruz Nassre dans son exposition de 2008 "Junkers aviation in Iran 1924-1930". Les premières liaisons aériennes entre l'Iran et de nombreux pays ont été établies entre 1924 et 1930 par la compagnie allemande Junker. C'est ainsi que Monsieur Joroljmek, représentant Junker en Iran, est destinataire de cette enveloppe partie réellement de Moscou le 12 / 11 /24 et arrivée à Bakou par avion, puis transférée (avec l'avion!) par bateau à Bandar-e Anzali en Iran le 14 décembre et repartie en avion jusqu'à Téhéran.

Malgré son extraordinaire voyage, cette enveloppe n'a pas de réelle valeur postale. Les nombreux exemplaires de ces enveloppes montrent les dérives industrielles de la philatélie soviétique.
Un autre exemplaire :

Il ne s'agit donc pas de faux; mais d'une escroquerie intellectuelle malheureusement courante...

samedi 26 janvier 2019

La guerre civile en Russie : les contrefaçons de l'émission "Edinaya Rossiya"


A l'instar de toutes les émissions de cette période, ou presque, les timbres de la série "Edinaya Rossiya" ont été contrefaits.
En fait,pour être plus exact, les valeurs en roubles ont été imitées, mais je n'ai pas réussi à trouver des timbres faux avec des valeurs en kopecks. Nombreux ont été les exemplaires que j'ai examinés, et il existe tellement de variété d'impression liées aux différences de plaque en fonction de la position du timbre, aux variétés de couleur,  qu'il est complexe de déterminer le vrai du faux pour ceux-ci. Je reviendrai sur les variétés dans un autre article. 
A l'inverse, pour les valeurs en roubles, l'identification est un peu plus facile. J'ai examiné de très nombreux timbres oblitérés et je n'en ai trouvé aucun qui soit faux. C'est toujours un vrai fantasme que de trouver un faux qui ait circulé ; ce n'est pas le cas ici, et les faux datent donc d'une époque postérieure à 1922, probablement aux alentours du milieu des années 20 avec impression en Europe de l'ouest. Si quelqu'un a des informations à ce sujet, je suis preneur.
Le ratio des contrefaçons est assez faible ; je l'estime aux alentours de 5% à 10%, ce qui est très inférieur au taux régulièrement observé sur les armées du sud. A titre de comparaison, et pour une valorisation par les catalogues bien supérieure il est vrai, les timbres d'épargne surchargés du Kouban connaissent un ratio probablement supérieur à 50%... 

Il est tout d'abord important de savoir de quoi on parle en matière de timbres pour l'émission "Edinaya Rossiya", et particulièrement concernant le papier employé. Il y a eu plusieurs types de papiers employés lors des différentes impressions, tous très doux au toucher : 
- l'un épais, rigide et crème :

- l'autre plus moins épais, plus souple et plus blanc.
- un autre, assez fin, souple et blanc :
 Cette liste ne se veut pas exhaustive.

Ces papiers ont été utilisés en combinaison avec des gommes différentes.
- une gomme brune, sans doute liée au vieillissement, avec des inclusions noires :


- une gomme jaunâtre :
- une gomme marron clair :
- une gomme crème :

 Ces différentes combinaisons revêtent un double intérêt : d'une part identifier les variétés des cette émission, mais aussi, par défaut, repérer les contrefaçons.

Celles-ci sont donc tout d'abord identifiables par le verso des timbres :
- gomme étalée au pinceau avec inclusions

- gomme étalée au pinceau sans inclusions :

- gomme brillante et craquelée :
Le papier utilisé est lui aussi très différen. Il est fait de papier fibreux très marqué (fibres de bois, de tissu même (?)). Le scan produit un effet jaune, mais le papier ne l'est pas.

J'ai trouvé ce type de papier dans tous les faux ou les timbres douteux, à de rares exceptions près.

Concernant la partie imprimée, je dirais qu'il existe au moins trois types de contrefaçons :
- type I :
 Le cadre entourant la valeur est plus ou moins régulier, ainsi que les lignes le définissant. Celles-ci ont été mal faites et dépassent largement comme le montre le scan.

- type II :
Afin que les choses soient claires, je vais comparer faux et vrai.

On voit ici très nettement que la lance de Saint Georges ne rejoint pas le cadre jaune. C'est parfois le cas lors d'une surcharge d'encre.

1. La valeur est nettement différente, plus grossière et déformée.
2. Les lignes dépassent à nouveau mais légèrement. Le trait est grossier.
3. Le damier original n'est plus vraiment un damier, mais un ensemble confus de traits.

Type III :


On constate que la lance de Saint Georges ne rejoint ps le cadre.

Les traits sont globalement plus épais. Le cadre de la valeur de gauche, habituellement légèrement déformé vers la gauche, est équilibré.

Les valeurs du 7 et du 10 roubles comportent à mon avis le plus de contrefaçons.
Quoi qu'il en soit, celles-ci restent marginales dans la série, mais leur intérêt est d'autant plus grand.

Cette liste de contrefaçons n'est pas limitative. J'ai quelques autres timbres douteux, et je n'ai aucun doute qu'il existe d'autres types de faux.
N'hésitez pas à m'envoyer des scans!