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dimanche 10 septembre 2017

une collection de timbres russes : pourquoi? Pour faire quoi? et quoi faire?

En cette saison de début d'automne, de chute des feuilles mortes, fleurissent les catalogues de timbres des maisons de vente sur offre, avec de nombreuses et extraordinaires propositions de timbres de Russie (ou URSS). Mais qui est en réalité intéressé par ce qui est proposé?

Depuis quelques années maintenant que je m'intéresse à la philatélie russe, j'ai beaucoup appris de mes expériences, de l'évolution de mes centres d'intérêt mais aussi du comportement des autres et de leurs centres d'intérêt dans les timbres russes.

Qui aujourd'hui collectionne encore, et, nous concernant, qui collectionne encore des timbres russes? Dans notre société de l'instantané et du zapping, il est difficile de valoriser dans le temps la patience, la persévérance et la durée. Force est de constater qu'une majorité des collectionneurs est âgée, et qu'il est difficile de faire venir au timbre une jeunesse qui n'envoie et ne lit plus ni lettres ni cartes postales... En dehors de la Russie, tenir une collection spécialisée comme celle des timbres russes est d'autant plus complexe que l'accès à la langue est rude et que la recherche de timbres récents s'avère parfois complexe. Néanmoins, de toutes les philatélies, celle de Russie est sans doute celle qui se porte la mieux, avec une réelle dynamique qui se ressent donc dans les propositions qui sont faites par les marchands reconnus, ainsi que par les enchères que je peux constater sur internet. La diaspora russe liée à l'histoire mouvementée de ce pays, et que reflètent bien les timbres, de même que l'utopie communiste toujours fascinante et vivace amènent de nombreuses personnes parfois novices à s'y intéresser. 

Les timbres russes sont beaux : la période empire est remarquable tant par la qualité du dessin que par la richesse des couleurs. Les timbres soviétiques portent toute la complexité de la société post-révolutionnaire et forment un témoignage à la fois politique et historique. Ces motifs à eux-seuls suffisent également à expliquer l'intérêt que l'on peut trouver dans cette philatélie. 

On peut ainsi trouver un véritable plaisir à se constituer une collection chronologique, à compléter patiemment, année après année, les différentes cases vides que recensent toujours les catalogues. Si c'est là l'objectif du collectionneur, cette démarche ne se discute pas, et elle est partagée par beaucoup. Mais voyons plus loin. Collectionner, c'est voir au loin. On envisage toujours la possibilité de revendre sa collection, mais l'on s'illusionne souvent sur la valeur réelle de ses timbres. Quand je reprends mes catalogues de maisons de vente sur offre, je ne vois aucun timbre "classique", ou presque... On va certes trouver les traditionnels numéros 1, 2 et 3 à la grosse côte, ou encore les Zag 42 et 43, mais c'est à peu près tout... Seuls les timbres remarquables, par leur état et par leur valeur, sont présentés En réalité, à moins que de vendre l'intégralité de sa collection sur ebay, avec les aléas que cela représente (perte de courriers, acheteurs peu fiables, enchères impossibles à prévoir, souvent décevantes, rarement surprenantes, frais importants et surtout la nécessité de disposer de beaucoup de temps!... et je parle en connaissance de cause), une collection n'a guère de valeur. Les timbres postérieurs à 1960 ne valent rien, et antérieurs à 1960 sont souvent bradés pour des sommes ridicules rapporté à la valeur théorique des catalogues. C'est ainsi que, pour en avoir discuté avec le Président du Cercle Philatélique France-Russie, un marchand a proposé pour une succession complète la somme de 400 euros...

Il me semble cependant qu'il y a des alternatives à ce sombre tableau financier et à une routine d'une collection chronologique. Trouver et acheter un numéro 1 de Russie ne relève plus aujourd'hui de l'exploit. Ce timbre est certes bien côté, mais il est courant, pour ne pas dire fréquent. On peut envisager, plutôt que de contempler un timbre certes beau mais unique, une collection de ces numéros 1 avec étude des oblitérations toujours passionnantes et qui nous font entrer réellement dans la philatélie, c'est-à-dire le parcours du timbre et son rapport à la vie des hommes et à l'histoire. Pour illustrer ce propos, je note que la maison Roulet propose une belle collection de ces n°1 pour sa 548ème vente sur offre. Un tel choix de se spécialiser apporte une vraie plus-value personnelle mais aussi financière. Voici quelque exemples recensés dans cette vente sur offre :











La présence de tels timbres dans une collection impressionne et conserve une véritable valeur. Certes! mais, me rétorquera-t-on, ces timbres coûtent cher et ne prennent pas vraiment de valeur au cours du temps. Oui, ils sont rares et sont donc chers, mas que vaut-il mieux? 300 timbres à un euro ou un timbre à 300 euros? C'est une vraie question à laquelle chacun peut répondre de façon personnelle ; mais quoi qu'il en soit, le timbre ne peut être un investissement. Préférez plutôt alors les actions ou l'assurance vie!

Pour ma part, j'ai pris le parti de me spécialiser dans la RSFSR et dans la guerre civile, sujet suffisamment large pour y passer plusieurs vies! Ce choix m'a beaucoup apporté, en connaissances et en rencontres. Il y a là matière à trouver d'incroyables variétés à  des prix très démocratiques ; double impression, variétés de couleur, de papier, de surcharge (déplacée, double, triple), des faux passionnants à étudier... le champ des possibles est vaste! et que dire de la guerre civile, à des prix encore accessibles car méconnue et crainte en raison des contrefaçons! une époque rare où les timbres oblitérés ont bien souvent une valeur philatélique et financière bien plus importante que les neufs...



Bref, collectionner aujourd'hui les timbres russes, je pense que c'est faire des choix, en fonction de ses centres d'intérêt, de ses moyens, du temps dont on dispose. Le mieux est d'en parler, de demander conseil et l'isolement est bien souvent ce qui amène à faire les mauvais choix.




mardi 22 août 2017

la guerre civile en Russie : les timbres surchargés de Vladivostok (4ème partie : les timbres dentelés de dix à cinquante kopecks)

Je vous propose de poursuivre cette analyse qui, décidément, me prendra beaucoup de temps! Venons-en à des timbres en kopecks de valeur plus élevée non surchargés d'une nouvelle valeur.

Commençons par ce qui représente pour moi le noeud du problème, c'est-à-dire le timbre qui me semble être le plus rare de la série, le 10 kopecks bleu foncé. Je ne possède pas ce timbre, et en quelques années de recherche, je n'en ai pour le moment pas vu d'authentique, contrairement au 1 rouble dentelé. Cette rareté est due à deux faits : d'une part le nombre modeste de surcharges apposées (600) et d'autre part le fait que 10k correspondait à un affranchissement courant, contrairement au 1R. Les timbres ont été très vite épuisés et de nouvelles surcharges ont été nécessaires notamment le 7k sur 15k (près de 400000 exemplaires), le 1k et le 2k sur timbres d'épargne, le 3k sur 35k, le 4k sur 70k et enfin le 10k sur 3.5 roubles (près de 100000 exemplaires). Inutile de dire que les faux, eux, existent...

Tout d'abord, un faux grossier, probablement manuscrit,  sur lequel je ne m'étendrai pas :

Un deuxième faux, un peu mieux fait que le premier :
Inutile d'entrer dans les détails, mais je mettrai à jour cette page dès que j'aurai trouvé la perle rare...



le 14 kopecks bleu et rose :
 ➨ le timbre original MNH

 ➨ un faux que nous allons analyser :
Voilà une bien jolie contrefaçon, plutôt bien faite et que je qualifierais de redoutable. Il s'agit tout d'abord d'un timbre oblitéré et si l'on y regarde d'un peu plus près, avec une oblitération de Vladivostok en date probablement du 18 11 1921. Le faussaire s'est donné du mal avec cette oblitération, qui donnerait facilement le change avec l'apparence vraisemblable de la surcharge. Voyons maintenant cette fameuse surcharge au grossissement du microscope:
D'emblée, on peut constater que l'encre utilisée est plus brillante et moins fluide que sur l'encre originale. En témoignent les nombreux trous dans le corps de la surcharge...
Dans le détail maintenant :
1. la ligne d'équilibre de la surcharge, que l'on trouve bien répartie sur le timbre original, coupe une partie du R et ne permet pas à l'appendice gauche de la rejoindre. (https://philarusse.blogspot.fr/2017/02/la-guerre-civile-en-russie-les-timbres.html)
2. la boucle intérieure haute du D fusionne avec l'extérieur.
3. la prolongation de la barre centrale du D est trop longue et mal faite.
4. Le D et le V sont fusionnés dans ce qui ne ressemble à rien...
5. la virgule est mal faite
6. Pas de protubérance.

 le 15 kopecks lilas et bleu
 ➨ le timbre original MLH

 ➨ un premier faux :
Le faux est ici facile à identifier, avec la boucle ouverte du D et une impression globalement trop fine.
 ➨ un second faux :
Ce faux est grossier. Les détails apparaissent clairement pour qui suit un peu ce blog!

Le 20 kopecks bleu et rose :

 ➨ le timbre original MNH :
Un joli timbre, peu courant et à la côte élevée, tiré à 500 exemplaires.

 ➨ un faux que nous allons analyser :

Au premier abord, ce timbre semble proposer les principales caractéristiques d'une surcharge authentique. Passons à un examen plus détaillé :




 Les caractéristiques de la contrefaçon apparaissent plus nettement à l'image :
1. Boucle ouverte
2. retour grossier et barre centrale trop épaisse
3. barre horizontale trop courte
4. pas de protubérance
5. Boucle trop épaisse et irrégulière.
➨ un autre faux :

La grossièreté du trait parle de lui-même...

le 20 k sur 14 kopecks : Tout d'abord, une petite explication. J'ai choisi de mettre ce timbre dans cette catégorie car la surcharge DVR a été apposée bien plus tard que le 20k imprimé en janvier 17.

➨ le timbre original MNH :

 ➨ le timbre original MNH avec surcharge imprimée sur la gomme (une rareté)!
Je n'ai pas trouvé de faux de cette émission, mais nul doute qu'ils existent. Je suis toujours preneur, au prix du faux bien entendu!!!

le 25 kopecks vert et violet :

➨ le timbre original MNH :


➨ le timbre original avec oblitération de Vladivostok :




➨ un premier faux :


➨ un second faux :
Cette contrefaçon est un peu mieux faite, mais a déjà été vue précédemment pour d'autres valeurs.

35 kopecks lilas et vert :

➨ le timbre original MNH :

➨ un faux que nous avons déjà analysé par ailleurs :
 Dans ce bloc de quatre, on notera particulièrement la boucle ouverte du D et le trait horizontal du D trop court...

Nous allons finir cette série un peu fastidieuse par le 50 kopecks lilas et vert :

➨ le timbre original MNH :

➨ le timbre original avec oblitération de Vladivostok :

➨ un faux que nous allons analyser :


La contrefaçon semble au premier abord de bonne qualité. Si l'on y regarde de plus près, les défauts se font jour :
L'avantage d'un bon grossissement est de faire apparaître des éléments peu visibles à l'oeil nu. Ce qui marque, en premier, dans cette contrefaçon, c'est l'encre d'un aspect un peu brillant. Pour le reste :
1. retour incomplet
2. absence de protubérance
3. barre horizontale trop courte
4. le D et le V sont fusionnés, on ne reconnaît plus grand chose
5. on notera le trait un peu grossier, de même que les contours laissant apparaître une encre un peu baveuse.

➨ un faux que nous avons déjà analysé par ailleurs :
A nouveau, dans cette contrefaçon, on remarquera la boucle ouverte et la barre trop courte du D.

A suivre les valeurs en roubles non surchargées d'une nouvelle valeur.

mardi 11 juillet 2017

Dr R. J. Ceresa 1934-2017

Cela fait déjà un mois que le Docteur Ceresa nous a quittés, le 10 juin exactement. C'est une grande perte pour tout le monde de la philatélie, et plus particulièrement pour la philatélie russe.

Il a été l'auteur de nombreux ouvrages de référence philatélique dont :
-> The Postage Stamps of Russia 1917-1923 composé de 5 parties (Arménie, Ukraine, Armées et bureaux étrangers, Caucase et RSFSR)
-> les Pockets Forgery Guide, condensés d'informations sur les faux de la guerre civile

Ces ouvrages sont édités en anglais, et apportent les informations indispensables pour réussir une collection.

dimanche 2 juillet 2017

Surcharges de Vladivostok : peut-on se fier à Yvert & Tellier

Yvert & Tellier est un catalogue généraliste, qui prétend, à bon escient d'ailleurs, présenter la grande majorité des émissions russes et soviétiques, y compris provisoires. Celles surchargées de Vladivostok n'y échappent pas. 
Le collectionneur débutant peut y trouver son compte, mais encore faut-il que les informations données soient fiables. Voyons cela :


Les valeurs principales sont bien présentes, mais à force de se vouloir généraliste, et donc de concentrer les informations, on concentre les bêtises. 
D'abord, les deux surcharges présentées en modèle en kopecks et en roubles ne sont pas représentatives de toutes les surcharges. On ne retrouve pas dans les kopecks certaines caractéristiques incontournables comme la protubérance sur le V ou encore les points de transfert chers au docteur Ceresa.
Ensuite, regardons de plus près la surcharge en kopecks :
Oh surprise! (qui n'en est pas une pour moi, et nous aurons l'occasion d'y revenir pour d'autres émissions...) Nous avons là toutes les caractéristiques d'une contrefaçon :
1. Boucle ouverte du D
2. barre horizontale du D trop courte et d'un mauvais équilibrage
3. absence de retour sur la prolongation de la ligne principale du D
4. quasi absence de prolongation sur la ligne principale du R

Bref, Yvert & Tellier au mieux pèche par igorance, au pire nous vend du faux... et je ne parle même pas ici des cotations fantaisistes des différents timbres, sous-côtés pour quelques uns, sur-côtés pour d'autres... Yvert & Tellier, pour survivre et regagner ce qui a fait son lustre, a tout intérêt à un grand dépoussiérage... On peut toujours rêver!

la guerre civile en Russie : les timbres surchargés de Vladivostok (3ème partie : les timbres dentelés de deux à quatre kopecks)

Après quelques semaines de pause, je vous invite à poursuivre cette analyse un peu fastidieuse des surcharges provisoires de la République d'Extrême Orient russe. 

Nous en  venons donc aux timbres dentelés non surchargés d'une nouvelle valeur.

D'abord le 2k vert :
➨ le timbre original MNH (la surcharge est légèrement décalée) :

➨ le timbre original avec une belle oblitération de Vladivostok :

➨ le timbre original avec une oblitération intéressante de la poste du chemin de fer de Kharbin (Harbin) en date du 20 janvier 1921, soit un mois après l'intégration de Vladivostok à la République d'Extrême Orient ; les premiers timbres surchargés sont logiquement en circulation :

➨ un faux que nous allons analyser :


 Au premier abord, la surcharge semble assez proche et peut tromper un oeil non averti. Entrons dans le détail :
1. La boucle est ouverte ; c'est une constante dans de très nombreux faux.
2. La boucle supérieure interne se rabat sur l'externe, contrairement à l'émission originale.
3. La barre centrale coupant le D est bien trop courte et mal positionnée.
4. Virgule grossière et mal alignée avec l'axe du V.
5. Le grossissement que l'on trouve sur l'original est uniformément appliqué ici, à l'inverse de l'original.


➨ un autre faux que nous allons analyser :

D'emblée, on peut remarquer que l'encre utilisée ne correspond pas à l'original, de même que l'épaisseur des lettres. Voyons cela dans le détail :
Que de choses à dire!
1. Appendice trop court.
2. Boucle ouverte.
3. Barre centrale mal dimensionnée et mal positionnée.
4. Manque de retour à gauche de la prolongation de la barre centrale du D.
5. Prolongation (presque) inexistante.
6. La boucle ne se prolonge pas comme elle le devrait.
7. L'épaississement est mal fait, que ce soit en haut ou en bas.
8. La boucle n'est pas de la bonne dimension et se prolonge vers la droite.
Le Dr Ceresa classe cette contrefaçon en F1 dans son ouvrage Pocket Forgery guide.

➨ un autre faux grossier :

Je n'entrerai pas cette fois dans le détail. L'encre parle d'elle-même.

Passons maintenant au 3k rouge.
➨ le timbre original MNH :

➨ le timbre original avec une  oblitération de Vladivostok :

➨ un faux que nous allons analyser :

A première vue, ce timbre avec sa surcharge semble assez proche de l'émission originale. Voyons cela précisément :
1. Boucle trop longue et mal formée.
2. Le retour est lui aussi mal formé.
3. La base gauche basse du V ne se ferme pas et ne constitue pas une boucle.
4. La barre centrale coupant le D est bien trop courte et mal positionnée.
5. Pas de protubérance.
6. Prolongement de la ligne du V grossier et décalé.
7. La boucle intérieure haute gauche du R se ferme.

➨ un autre faux que nous allons analyser :
 Dès le premier abord, on peut constater que l'encre ne correspond pas à ce que l'on peut attendre pour cette surcharge. Voyons le détail :
Cette surcharge n'est pas sans nous rappeler une autre précédemment analysée : le type II du 2k. Il s'agit de la même contrefaçon. Selon la classification du Dr Ceresa, il s'agit d'un faux F1.

Le 4k carmin maintenant :
 ➨ le timbre original MNH :
Cette surcharge, visiblement trop encrée et décalée vers le haut mais néanmoins authentique sur un timbre mal centré, est moins fréquente qu'il n'y paraît.

➨ un faux que nous allons analyser :
 Si le dessein de la surcharge semble globalement correspondre, les incohérences sont notables:
 Cette surcharge n'est pas sans faire penser à une surcharge précédente déjà analysée, cataloguée F1 par Ceresa. En voici quelques caractéristiques :
1. appendice trop court à la gauche du D mais aussi à la droite du R
2. boucle ouverte
3. barre horizontale à peine visible et mal proportionnée
4. absence de retour dans la prolongation de la ligne verticale du D
5. protubérance absente
6. appendice bas inexistant
7. mauvaise qualité de la surcharge lithographiée
8. virgule mal orientée et de la mauvaise épaisseur