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mardi 18 septembre 2018

La guerre civile russe : le kouban et l'émission "Edinaya Rossiya"

Le Kouban est une région du sud de la Russie, octroyée par Catherine II à ses Cosaques le 30 juin 1792 en récompense de leurs services lors des guerres contre les armées ottomanes notamment. Ces troupes, issues de la région, veillaient sur les frontières sud de la Russie des Tsars, et avaient organisé la région autour d'une ville forteresse, Ekaterinodar, fondée en 1793, littéralement "le don de Catherine" (en 1930, la ville fut rebaptisée Krasnodar par Staline soit "le don rouge").



Dès la révolution de février 1917, les cosaques s'organisent en rada et, en janvier 1918, est proclamée la République autonome du Kouban. En mars 1918, la ville d'Ekaterinodar est évacuée sous la pression des armées bolchéviques. Elle est reprise en août 1918 par l'armée des volontaires de Denikine et restera sous les contrôle des blancs jusqu'en mars 1920.

Les relations entre les cosaques, soucieux de leur autonomie, et les forces blanches, sont complexes. Si leur engagement aux côtés des armées tsaristes est quasi incontestable, ils veillent jalousement à leur autonomie et les tensions sont parfois vives avec le commandement militaire de la région.

Ces tensions se retrouvent dans la philatélie. Pourquoi l'émission traditionnellement associée à Denikine "Edinaya Rossiya" ne se retrouve-t-telle pas avec les oblitérations du Kouban mais avec celles des villes l'entourant?
Voici quelques unes de ces villes et quelques uns de ces timbres (en rouge sur la carte) :
1- Rostov sur le Don :
 15/10/1919
27/09/1919
2-  Stavropol :
 31/07/1919
11/08/1919
3- Essentuki :

4-  Novorossiysk :
 17/08/1919
26/08/1919
5- Taganrog :
 02/09/1919
10/18
6- Kislovodsk :
 05/08/1919

7- Touapse :
20/07/1919

La réponse se trouve dans l'impression même de ce timbre : "Russie Unie". Les relations avec l'Ukraine sont en effet étroites et les tentations nationalistes des états du sud de la Russie se font ressentir. On ne trouve ainsi dans le Kouban pour l'essentiel que les timbres de cette émission, même si l'autorité de Denikine n'est pas remise en cause. Voici quelques unes de ces villes et quelques uns de ces timbres (en bleu sur la carte) :

1. Anapa :
 07/1919
01/02/1920
2. Dukovskaya
26/10/1919
3. Nekrasovskaya :
26/08/1919
4. Ekaterinodar :
 09/03/1919
 22/11/1919
 28/06/1919
 29/03/1919
12/1919
5. Kopanskaya
20/08/1919
Lors de la prise de la région par les armées rouges, les timbres des émissions du Kouban et de Dénikine ont été employés par les bolchéviques pour affranchir leur courrier. On parle alors de timbres trophées, où l'expression 'Edinaya Rossiya" est affirmée par les bolchéviques, comme un pied de nez aux forces blanches. La collecte de ces timbres est passionnante à plus d'un titre ; comprendre le système postal mis en place et l'évolution de la ligne de front par exemple...

lundi 14 mai 2018

Le 7 Roubles de 1884 : un timbre sujet à controverses

Evoquer les timbres classiques, c'est se plonger dans une Russie très différente de ma période de prédilection. C'est néanmoins une époque passionnante, avec une Russie en pleine transformation économique et sociale.
En 1874, la Russie rejoint l'Union Postale Universelle et adopte des tarifs postaux en cohérence avec cette adhésion (de 10 à 8 kopecks en juin 1875, puis de 8 à 7 kopecks en mars 1879 pour une lettre). 
Au niveau politique, Alexandre II est assassiné en mars 1881, et Alexandre III, son fils, prend le pouvoir.
En décembre 1883 est émise une nouvelle série de timbres, tous en kopecks, sur papier avec filigrane et vergé horizontalement,
 le 1 kopeck
le 2 kopecks
le 3 kopecks
 le 5 kopecks
le 7 kopecks

le 14 kopecks
le 35 kopecks
le 70 kopecks


puis en janvier 1884, cette émission est complétée pour la première fois par de fortes valeurs en roubles, le 3.5 roubles et le 7 roubles, sur papier avec filigrane et vergé verticalement.
le 3.5 roubles oblitéré

Dans l'usage quotidien, les timbres employés sont ceux des petites valeurs, dont on a besoin pour affranchir une lettre ou une carte postale ; les fortes valeurs sont consacrées, quant à elles, aux colis ou aux transferts d'argent. 
La valeur qui nous intéresse ici, le 7 roubles, est en conséquence émise en faible quantité (moins de 3000 exemplaires) et mise en vente à Moscou et à Saint-Petersbourg. Les exemplaires oblitérés, en raison de leur usage, sont souvent abimés. En raison de sa rareté, et de la difficulté à se procurer des exemplaires en bon état, ces timbres présentent une cotation très élevée, quels que soient les catalogues :

MNH
**
MH
*
Used
oblitéré
Zagorsky 2011
2250
950
300
Liapine 2009
2000
900
350
Yvert 2011
850

850
Michel2017
950

1000
Scott 2011
1100

750

le 7 roubles

Ce 7 roubles a connu quelques rares variétés, que l'on peut voir lors de ventes exceptionnelles chez Cherrystone
le 7 roubles avec centre inversé

De telles cotes ont inévitablement attiré les margoulins de toutes sortes, et les contrefaçons se sont succédé, avec plus ou moins de succès, et ont tellement pollué le marché de cette émission qu'il est encore aujourd'hui difficile, pour beaucoup, de s'y retrouver. François Fournier fut l'un des premiers à les produire, parfois non dentelés (les timbres authentiques non dentelés sont rarissimes). Jean de Sperati et de nombreux autres faussaires se sont essayés à contrefaire cette émission.

Faux Fournier estampillé

Un timbre sujet à controverses? Certes, par son histoire mais aussi par son présent car il faut bien reconnaître que ce soit sur les plateformes de vente en ligne ou dans les ventes sur offres, les vendeurs sont peu regardants sur la qualité et l'authenticité de ce qu'ils vendent, même quand on leur signale leurs insuffisances...

L'élément déclencheur de cet article a ainsi été la découverte, lors de l'actuelle vente Roumet (550ème VO), de timbres de la neuvième émission impériale plus que suspects, et qui sautent même immédiatement aux yeux.
Comment un philatéliste sérieux, avec un minimum de connaissances de la philatélie russe, peut-il feindre de croire qu'une même émission comporte deux formats différents? Ce simple détail suffit à lui seul à semer le doute.
Je contacte donc immédiatement ladite maison de vente, par le biais de l'adresse mail que l'on trouve sur leur page d'accueil. La réponse me parvient au bout de dix jours, et le lot est retiré...

Essayons donc de voir, cher lecteur, les caractéristiques de cette contrefaçon visiblement difficile à identifier...
 faux
vrai

Effectuons quelques comparaisons dans les détails :
↦ détail 1 :
faux                   vrai

Cette première comparaison met en valeur la pauvreté du dessin, étriqué, incomplet et distendu.

↦ détail 2 :
 faux                   vrai

Cette deuxième comparaison met en lumière le fait que le branche ne rejoigne pas la feuille, dans le timbre authentique, alors que c'est le cas dans le faux.

↦détail 3 :

 faux              vrai

Encore des détails intéressants, puisque ce faux compte 12 plumes alors que le vrai en compte 14...
Il y a encore de nombreuses autres divergences, que je vous laisse découvrir...

Par ailleurs, en consultant les ventes en cours, je tombe sur la vente sur offres Gärtner et là, ... à peine croyable...
le même type de contrefaçon...
Ce timbre m'interpelle... je recherche dans mes scans de faux, car inutile de vous dire que pour se procurer des faux, comme il faut payer le prix des vrais, je me constitue une bibliothèque des faux que je rencontre... et bingo! J'avais repéré ce timbre lors d'une vente sur Delcampe... en juillet 2017.

Il faut donc être très vigilant, particulièrement pour ces timbres qui sont censés être peu courants... d'autant que d'autres contrefaçons sont en circulation, comme celle-ci
ou celle-là...
ou encore celle-là...


Les 3.5 roubles ont des contrefaçons proches. Je les aborderai probablement une prochaine fois.